PCPILOTE


SITE ARCHIVES DU PROJET PILOTE ET EXPERIMENTAL — JANV 2014 / SEPT 2016 — PHASE 1 DU PCP —

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Les projets et les réalisations

2014-2015 - projet Infiltrations



Dans sa réflexion autour des espaces vacants, des espaces tiers, etc. ainsi qu'autour des pratiques artistiques expérimentales, le PCP propose un projet permanent d'infiltrations : des actions, des dépôts, des performances, etc. non signées apparaissant sans indication ni convocation dans la ville et dans différents espaces.
Loin d'être des captations directes de l'attention, les infiltrations sont mises en œuvre (préparées, envisagées, calculées, etc.) avec une économie zéro pour apparaître et disparaître (avec le temps, dans le fortuit, etc.) dans l'espace public. Elles peuvent faire détourner le regard et le parcours, modifier ou moduler un endroit d'espace, intriguer momentanément, etc.


Accéder à l'atelier Infiltrations (Framapad)


À titre d'exemples, reprenons quelques mots du collectif Dare-Dare à Montréal:
voir le collectif Dare-Dare à Montréal : http://www.dare-dare.org/fr

  • inscrire l’art dans le quotidien
  • s’immiscer dans l’environnement social par des stratagèmes de tout acabit et à durées variables
  • envisager l’art in socius et générer des rencontres, des gestes, des situations dans des lieux divers non convenus (sites clandestins - réels ou virtuels, tissu social, sphères d’activités extra-artistiques qui pourraient être par exemple : usines, réseaux sociaux, lieux de travail, hôpitaux, blogues, magasins, centres pour personnes âgées, clubs sportifs, bâtisses désuètes, gare de train, etc.).
  • encourager le « micro », l’effacement, « l’être ensemble », l’anti spectaculaire et la dématérialisation.
  • être en mesure de développer une stratégie de partage de projet



L’art dans l’espace public peut être immédiatement identifiable ou s’insérer dans la trame urbaine de manière ambivalente, sur le mode discret de l’infiltration, du parasitage, de la furtivité… Pourquoi certains artistes refusent-ils le cadre sémiotique de l’exposition ou déjouent-ils le dispositif spectatoriel classique ? Comment opèrent-ils ? Qu'en est-il de la réception de ces œuvres ?
Qu’elles adoptent la forme de déambulatoires ou d’œuvres in situ, de performances improvisées ou d’art furtif, les pratiques artistiques dans la rue témoignent de visées et de recherches les plus diversifiées. Quels sont les enjeux actuels d’une création qui se situe délibérément hors des lieux institutionnels?
L'infiltration artistique ne correspondrait-elle pas à une nouvelle forme de dramaturgie urbaine par la fragmentation et l'articulation d'un récit dans l'espace urbain ?



Ce projet, son suivi et son évolution, peuvent s'envisager dans une collaboration avec Patrice Loubier (chercheur et enseignant à l'UQÀM) 1) (dans un rôle d'observateur ? d'enquêteur ? d'enregistreur des procédures et des réalisations ? etc.). Voici quelques mots de Patrice Loubier à propos des pratiques furtives :

  • Les pratiques furtives : ces objets, signes ou gestes qui s’embusquent de façon plus ou moins clandestine et anonyme dans divers espaces publics.
    Que les interventions observées se revendiquent ou non d’une identité artistique, que leur statut ait été clarifié au cours de la recherche ou soit demeuré indécidable, est pour le moment secondaire : le fait prégnant, c’est que le territoire urbain apparaît comme parsemé de signes et de pratiques multiples, plus ou moins incognito ou clandestins, que l’espace public est l’objet de maintes appropriations ponctuelles qui en font un support de création et de communication inopiné.
    Notons d’emblée que l’expression « pratiques furtives » employée ici n’entend pas postuler ou suggérer que ces manifestations soient toutes de nature artistique, mais qu’elle désigne plutôt un trait procédural : qu’il s’agisse d’une formule publicitaire, d’une création en arts visuels, d’une expression sociale rebelle ou d’une simple activité individuelle de loisir, toutes ces manifestations ont en commun de s’infiltrer dans l’environnement urbain en passant relativement inaperçues, et de présenter un statut ambigu. Mais cette discrétion relative leur permet aussi de se fondre en passant plus ou moins inaperçues dans l’environnement urbain, comme si, en se dérobant quelque peu au regard, elles prévenaient l’éphémérité à laquelle les condamne par ailleurs leur production souvent clandestine ou leurs moyens de fortune. Cette exploitation fréquente de la bidimensionnalité du mobilier de la ville et de l’architecture rend d’autant plus nécessaire l’établissement d’une typologie, même très provisoire, permettant de marquer la différence de ce corpus d’avec le champ du tag et du graffiti, formes qui usent elles aussi des mêmes supports. On peut proposer ici quelques paramètres de différenciation : ambiguïté et ouverture de l’énoncé, parce qu’ignorance des règles de l’énonciation ; relative discrétion dans l’environnement ; absence de contenu ou de signification explicite. Tous ces aspects pointent en fait une caractéristique fondamentale et première de ce type de signes : leur présence est ressentie d’abord comme irruption de l’inattendu et de l’inopiné, provoquant l’étonnement en créant des brèches dans la lisibilité globale de l’espace urbain. Ces trois propriétés, pertinentes et agissantes en ce qui concerne une observation ponctuelle, doivent cependant être relativisées dès lors qu’on prend en compte la récurrence avec laquelle tel ou tel phénomène est observé au cours d’une période donnée : car percevoir et repérer une itération, c’est conjecturer que ce qui se répète n’est sans doute pas accidentel mais implique une structure ou un projet.

    Au fil du temps, la réception naïve de ces formes donne ainsi lieu à deux types d’expériences qui ont pour trait prégnant de perdurer au-delà de l’observation ponctuelle : le suspens et l’aventure. Par suspens, je veux suggérer cet état où le phénomène observé, tout en nous paraissant être un signe, résiste à toute interprétation ou identification satisfaisante et ne parvient donc pas à être fixé dans un sens certain. L’absence de clés nous force ainsi à laisser en suspens l’interprétation de tel ou tel signe qui, dans l’environnement, fait énigme. Le suspens est donc vécu comme une curiosité irritée et jubilante à la fois : irritée parce que mise en alerte, sans qu’elle soit résolue ou satisfaite ; jubilante parce que cette irrésolution même préserve l’indétermination de ces signes et donc leur signification d’emblée plurielle, flottante et insaisissable. Ainsi, devenir attentif, exercer une certaine vigilance, remarquer des détails, ralentir nos déplacements coutumiers, cela entraîne de s’exposer à l’ambiguïté (ou tout simplement à notre ignorance) de l’ensemble des codes, des signaux, des pratiques qui ont cours dans l’espace public. Cet espace est précisément éprouvé comme public en tant que plusieurs des signes que j’y perçois m’échappent et semblent découler d’une pluralité de voix, d’intérêts et d’altérités.

    La découverte de ces signes peut aussi être vécue comme aventure, donnant par exemple lieu à une enquête (recherches dans Internet, interrogation de passants ou de résidants, etc.), ou nous détournant de nos activités routinières. En fait, dès lors qu’elle induit quelque curiosité ou perplexité un tant soit peu durable, l’expérience de tels phénomènes peut se prolonger au-delà de la seule observation ponctuelle de l’occurrence. En d’autres termes, toute observation, même ponctuelle et anodine, est susceptible d’engendrer une intrigue ; en perdurant comme curiosité active et vigilante dans l’esprit de l’observateur, elle se poursuit comme attente (d’un sens et d’une élucidation) et peut donner lieu à une histoire dès lors que la découverte subséquente d’indices vient l’éclairer de quelque manière et alimenter les conjectures. Parce qu’elle intrigue, la découverte de telles manifestations peut ou non être suivie de quelque éclaircissement quant à leur statut et à leur signification. On pourrait ainsi répartir en deux groupes la totalité desdites observations, selon que leur nature s’élucide a posteriori ou que l’observateur demeure dans l’ignorance de la nature de ce dont il a été témoin. Considérons la première de ces deux éventualités, où la nature de l’observation est éclairée a posteriori par la découverte fortuite d’informations pertinentes.
    On se contentera de remarquer comment ces initiatives, en dépit de leur caractère informel, furtif et clandestin, en dépit aussi du fait que leurs auteurs se passent bien souvent de toute visibilité officielle, suscitent malgré tout une audience, font parler d’elles, catalysent le discours, avivent l’imaginaire et la cognition.
    Référence : Patrice Loubier, « Par hasard et en passant. Sur quelques œuvres rencontrées en marchant », Esse n° 55, Dérives II, automne 2005, p. 26-31.



Patrice Loubier from Centre des arts actuels Skol on Vimeo.







1) Titulaire d’un doctorat d’histoire de l’art de l’Université de Montréal (2008), Patrice Loubier est critique et historien de l’art. Il a signé de nombreux textes dans des périodiques, des ouvrages collectifs et des catalogues d’exposition, en s’intéressant notamment à l’art d’intervention. Avec Anne-Marie Ninacs, il est à l’origine des Commensaux, programmation spéciale du Centre des arts actuels Skol consacrée à ce type de démarches (Montréal, 2000-2001). À titre de commissaire, il a d’ailleurs contribué à des événements tels Orange (centre Expression, Saint-Hyacinthe, 2003), la Manif d’art 3 (Québec, 2005) et Espace mobile (VOX, Montréal, 2008). Il a aussi siégé aux comités de rédaction des revues ESSE et Inter, de même qu’au comité d’experts sur la base de données en art public du centre Artexte. Patrice Loubier a enseigné l’histoire de l’art comme chargé de cours à l’Université de Montréal et à l’Université d’Ottawa, et s’est joint en 2005 à l’UQAM.
Documentation vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=tH1AKz7EaGE
http://vimeo.com/35387756