PCPILOTE


SITE ARCHIVES DU PROJET PILOTE ET EXPERIMENTAL — JANV 2014 / SEPT 2016 — PHASE 1 DU PCP —

Pôle de Création Partagée → phase 1 pilote → était situé 7 Chemin du Relais → à 44600 Saint-Nazaire → sous l'adresse pcp.saint-nazaire.cc → information
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Les projets et les réalisations

2015 - projet SAINT-NAZAIRE UTOPIQUES 3115



Proposition de collaboration avec le CCP Centre de Culture Populaire (Création Artistique et Les Chantiers).

Une réflexion sur des avant-projets de réalisation artistique se développe au PCP à propos des visions utopiques qui peuvent être générées à partir de la ville, de son territoire et de son histoire et qui sont reliées à des questionnements sur les réalités virtuelles et les réalités augmentées (voir projet AVATAR pour Croisements Numériques 2015), sur les transversalités et les conjonctions entre les manières de travailler (en art et dans l'industrie, mais aussi dans le travail en général) : en quelque sorte, par les utopies émergeant de la ville (par exemple, « Saint-Nazaire en 3115 »),

  • > qu'est-ce que la création artistique peut apporter hypothétiquement à celle-ci, à ses dynamiques, à ses vécus et à sa modification continuelle ?
  • > comment les pratiques, les différentes manières de travailler, de concevoir et de fabriquer, bref le travail, engagent comme visions (communes) pour se mettre en œuvre ?

Cette réflexion participe aux propositions énoncées pour le PCT Projet Culturel de Territoire (Chantiers & Ateliers Mobiles d'Artistes), et à une interrogation plus large sur comment mettre en œuvre une articulation compréhensive entre le travail (de manière générale; et par ex. sur les Chantiers Navals) et le travail artistique, sur leurs procédures et processus, et également sur le potentiel de développement de partages et de circulations de savoir-faire et de compétences.

Ce projet veut aussi rapprocher les économies et permettre de réfléchir à des modes de financement au-delà du seul financement public, et également à la mise en place d'une organisation de récupération de ressources (matériaux, matériels) auprès des entreprises et des structures industrielles (en plus des structures publiques). Le projet avec le CCP concernera une phase (une année) d'étude et de rencontres sur ces sujets (avec proposition de financement par la Fondation de France).




Avant-projet

L'art est un travail, (et à notre avis, ni un métier ?, ni un emploi ?, ni une profession ?). La création est un acte de travail fécondé par l'incertitude. Elle n'est ni une activité solitaire (demandant du « génie » et de l'« héroïsme ») ni obligatoirement “urgente” ou devant être réalisée dans l'urgence pour être véritable (et ainsi apaiser ou expurger une “douleur” semble-t-il personnelle), et l'artiste n'est pas un individu isolé : il (ou elle) agit dans une communauté très structurée, et pas forcément visible ou repérable, et même si en effet nous constatons que cette communauté et ses actions endurent aujourd'hui des effets d'effrangement, de dislocation et d'invisibilité sur le territoire. La création serait un travail individuel (sur soi ? pour soi ?) et ne serait plus vu comme un travail commun de la société.
Dans le travail de la création artistique, créer des œuvres implique la mise en œuvre de nombreuses inter-relations et connexions et de développements et de convocations de réseaux (de sens, de références, de techniques, de fabrications, etc.). La création artistique n'est pas une activité autocentrée (subjective, expressive) : elle se fonde sur des transversalités continuelles qui creusent, emploient et collaborent avec le monde, et qui lui résistent. La création artistique agit, comme nous l'avons remarqué aussi, dans un contexte culturel et dans un monde (de l'art) continuellement changeants et évolutifs.




La création est transversale

En regardant de plus près la création artistique professionnelle et en observant les pratiques et les mouvements les plus récents (à la fois, ceux plus alternatifs, plus « hors-cadre », mais aussi ceux plus insérés dans le circuit de l'art contemporain), celle-ci développe des actions qui mobilisent et sondent en continu l'espace social, dans un sens, à la fois,

  • plus large en termes de périmètre, d'échelles et natures de champ,
  • et plus impliqué ou engagé, voire plus prospectif,

en engageant par exemple :

  • des délocalisations d'actions hors des lieux repérés culturels (comme par exemple, les concerts et expositions, chez l'habitant et dans des ateliers d'artistes)
  • et des projets « déciblés » (sans cible), c'est-à-dire travaillant l'immersion dans l'espace social (« comment l'art se débrouille avec le monde » et vice-versa) et engageant des dialogues et des formulations de projets et d'actions, dits « sans public » : comme les projets en cours via le PCP, avec l'association Solexine à Méan, ou avec des corps de métier spécifiques qui sont sur le territoire — paludier (pour un travail sur la cristallisation), métallurgistes, ingénierie 3D, etc. —, ou encore avec la culture quotidienne, le plus souvent liée à des aspects solidaires et citoyens : garages ouverts, jardins partagés, etc.
  • Ces initiatives loin d'être exotiques correspondent à un mouvement d'interrogation, de mobilisation du « social », et des conventions, qui est présent depuis plusieurs décennies dans l'art contemporain (et l'histoire de l'art) en tant que problématiques à la fois artistiques et esthétiques, et qui est également très présent dans les pratiques alternatives en art (du fait du double mouvement : de situations économiques paupérisées et d'immersion de la création dans la société).

Ces pratiques de la création artistique sont héritières de tout un corpus d'œuvres et de mouvements artistiques du XXème siècle, tout en prenant racines dans une histoire de l'art plus large, animée par des filiations, des contradictions et des débats qui font toute la richesse et la pluralité de notre culture. Faire fi des aventures, même les plus radicales, du siècle dernier serait un refus de notre propre contemporéanéité et capacité à construire et à projeter le présent.

Dans ce sens, il semble que beaucoup d'initiatives transversales (en quelque sorte, des mondes émergents de l'art) sont menées, avec le désavantage (et pour certains d'entre elles, la qualité) d'être invisibles, très localisées, furtives et discrètes.




Art Keller, Nouveauté et Crise, 1992 (Collection Yoon Ja & Paul Devautour)

Art Keller, Question Centrale, 1992 (Collection Yoon Ja & Paul Devautour)

Art Keller, Signification Provisoire, 1992 (Collection Yoon Ja & Paul Devautour)




La création artistique expérimentale engagée partagée

Aujourd'hui la création artistique s'emploie aussi à définir et à reconfigurer ses formes d'engagement dans un espace plus grand que celui du « monde de l'art », pour aller vers le développement de « mondes de l'art » comme le propose Howard Becker : celui de sa présence et de son action dans la société.

Ces mouvements répondent aux évolutions continuelles des contextes : économiques, sociaux, politiques, etc. De plus ils envisagent des hypothèses et des actions/réalisations qui proposent des objectifs de « résolutions de problèmes », souvent de dimension locale mais aussi reproductibles et adaptables à d'autres situations, et qui dépassent ce qui était reconnu à présent comme l'activité de l'artiste ou comme les manières régulières de faire des œuvres. Ces engagements marquent une participation accrue de la création artistique à tous les enjeux actuels de notre société, notamment et parfois plus précisément sur les questions de développement durable, de solidarité, de ressources équitables, de socialité partagée, de conditions environnementales, etc.

C'est un des volets les plus intéressants de l'art actuel : la société n'est pas soluble dans l'art, et l'art n'est pas soluble dans la société, ils ne sont ni séparés, ni séparables. Bien au contraire, ce sont des formes de résistance et des forces de création qui peuvent se déployer et collaborer dans l'espace social et y participer pleinement. Sans être définis comme cristallisant un art politique, il est évident que les projets et les situations que ces mouvements et dynamiques mettent en œuvre révèlent des prises de conscience de la place de la création dans la société, et conséquemment de ses impacts.

Ainsi ces « œuvres » n'ont pas de formes et pas de formulations conçues a priori : elles inventent à partir d'un contexte existant commun (connu et vécu par tous), interagissent avec le quotidien, et imaginent des sortes d'amendements des situations quotidiennes. De plus, par leur fort caractère de transversalité et d'amicalité avec l'espace social, elles sont des espaces de discussion, d'interlocution et de développement ouverts à d'autres domaines : sociologiques, architecturaux, socio-techniques, industriels, etc. Elles sont également des situations de « fabrique en plein air »; c'est-à-dire qu'elles ne sont plus destinées à des « espaces confinés » de l'art. Et en même temps les artistes engagés dans ces dynamiques en ont une parfaite connaissance qui leur permet de distinguer des champs opératoires, des manières de gérer des formes et des processus, et ainsi d'investir des marges d'exploration et de liberté, par des va-et-vient entre les espaces.

L'intérêt est de voir comment ces œuvres ont un caractère actif tout en étant « moins » visibles : elles s'appuient le plus souvent sur des dispositifs et des espaces existants et non prescrits (dans la société : espace public, espaces vacants, réseaux électroniques, interstices juridiques, etc.) et elles apparaissent moins dans les dispositifs artistiques connus : les expositions par exemple. Cette ambivalence est une question ouverte qui donne une forte perspective à leurs manières d'être « présentes » et, en quelque sorte, d'être « présentées ». Elles sont généralement constituées par les expériences que, collectivement et individuellement, l'on peut en faire.

Quelques exemples en référence au PCP, pour montrer les potentiels exceptionnels de telles dynamiques :

  • Il est mené actuellement au PCP un travail de projet par les artistes pour des réalisations d'interventions artistiques (actions momentanées, éphémères, furtives et non signalées) dans le tissu urbain (et qui peuvent être imaginées au-delà de ce seul périmètre), qu'on peut, en tant qu'hypothétique spectateur ou auditeur, rencontrer, croiser ou ignorer au fil de l'eau dans le quotidien (c'est-à-dire sans forcément les identifier comme des œuvres dans la ville), et selon le degré de trouble perceptif, esthétique, ou d'attention à l'environnement, qu'elles engagent — Pour en savoir plus.
  • Le PCP a également initié le projet vitrines/magasins pour le festival Instants Fertiles (édition 2014) dans le cadre et l'objectif, non seulement d'invention de formes artistiques dans la ville, mais aussi de réflexion concernant les « espaces vides » dans le tissu social et les combinatoires art/social (à l'image des initiatives dans certaines villes moyennes en Angleterre : « Windows of Opportunity » à York) — Pour en savoir plus.
  • Un dernier exemple est celui qui poursuit la collaboration du PCP avec le projet européen ALOTOF (A Laboratory Of The Open Field) que nous accueillons depuis cette année, par un projet plus spécifique et animé par Dominique Leroy. Ce projet intitulé PPCP, pour Post-PCP, concerne un programme artistique de construction d'ateliers mobiles et modulaires. Il engage un travail de recherche et de développement en architecture sur le principe d'ateliers nomades démontables en structure bois, en auto-financement et en auto-construction (Open Source : les plans et les données techniques étant disponibles à tous, sollicitant la contribution et les amendements). Une première phase 2014-2016 concernera la construction d'un prototype sur l'esplanade/parking du PCP, en collaborant avec une agence d'architecture ainsi qu'avec d'autres compétences. L'intention générale du projet répond à deux objectifs : l'un, lié au mandat propre du PCP, de combler et de répondre au manque patent d'ateliers d'artistes (sur le département) et d'aider à l'installation de ces artistes, et, l'autre, de prolonger cette problématique par une initiative concrète et pragmatique de développement d'ateliers d'artistes — notamment pour ceux qui sortiront du lieu PCP pour laisser la place à d'autres artistes en demande (le terme Post-PCP vient de là), et pour tout artiste qui cherche à développer un atelier adéquat à sa pratique — sous la forme d'auto-constructions et d'ateliers nomades. L'originalité de ce projet que le PCP veut soutenir, organiser et réaliser est d'ouvrir pour la communauté artistique un programme perspectif — Pour en savoir plus.




Activer les transversalités

De fait, en supplément des problèmes criants causés par les rationalités économiques (et leurs incidences politiques et sociales dans tous les domaines et les champs de la société, mais touchant particulièrement les situations toujours fragiles des artistes), s'ajoute la question de la « place » de l'artiste et des artistes sur le territoire : faudrait-il penser aujourd'hui à « faire de la place » ?

Ainsi il s'agirait pour nous de voir le territoire comme un atelier, un espace d'occasions et de relations continuellement improvisées et intuitives,

  • > un espace d'organisations mobiles, reconfigurables et variables,
  • > un espace perméable et modulable,
  • > un espace d'expériences multiples (c'est-à-dire véritablement un atelier),
  • > un espace d'œuvres par nature plus ou moins « stables », ou dont la perception et l'expérience sont continuellement évolutives et changeantes (c'est-à-dire considérer les œuvres moins comme des emblèmes, moins comme des possibilités de rond-points, et moins comme des dépôts).


C'est-à-dire que le territoire de ce point de vue

  • > n'est pas un espace stable, fait d'états fixes et de dispositions réparties toujours à la même distance les uns des autres,
  • > n'est pas un matériau disponible, à disposition, prêt à être capté, transformé, testé et exploité (comme on exploiterait inconsidérément une ressource),
  • > n'est pas seulement une représentation neutre et sans particularité : une cartographie de points, de lignes et de surfaces.


L'accès à la culture n'est pas seulement l'accès aux dispositifs culturels (essentiellement de diffusion), aux structures d'éducation, aux présences patrimoniales et à l'offre d'aménagements et d'équipements; il inclut aussi le fait que les habitants du territoire puissent percevoir que la création et ses dynamiques sont à leur côté, en proximité et en dialogue constant, en étant accessibles à tout moment en se manifestant d'une manière ou d'une autre, et de manière plus ou moins surprenante.

Si la création voisine avec l'innovation, l'exploration et l'expérimentation, et ce depuis longtemps, ceci peut être d'autant plus visible et senti dans un territoire où les Chantiers Navals ont une présence forte et ont innervé toute une culture locale de la fabrication, de la solidarité, de la projection et de la production. L'activité industrielle se base aussi sur l'innovation et l'expérimentation pour produire et solutionner des réalisations, qui, ici, et pour le coup, sont gigantesques et visibles (les paquebots, les éoliennes, l'aéronautique, l'ingénierie de la simulation et de la réalité virtuelle, etc.), tout autant que prégnantes et réparties dans la ville et sur le territoire (les petites fabriques, les garages ouverts, etc.). Ces activités créent une adhésion au territoire sur lequel on habite et nous permet d'y participer et de se considérer comme participant à un élan commun. Cela donne aussi la mesure et les dimensions insoupçonnées du territoire habité et traversé.

La création artistique a des rôles similaires et des effets de même nature. Une des chances de l'agglomération nazairienne seraient de pouvoir faire croiser ces deux moteurs, tout en les associant avec d'autres vecteurs et énergies bien entendu : l'architecture, l'urbanisme, les socialités, les horizons maritimes, les connexions géographiques, les musiques de l'environnement, etc.; bref l'ensemble de nos activités et de nos présences qui ouvrent des esthétiques du monde et des pratiques de celui-ci.

La puissance de la création artistique est autant d'anamorphoser (ouvrir des perspectives étonnantes et des dimensions cachées et multiples à partir d'un existant), d'agrandir et de déplacer la ville et le territoire dans de grandes dimensions mais aussi dans d'infimes parties de ceux-ci (favoriser les œuvres monumentales n'est pas la seule solution). La création sur le territoire fait modifier notre perception de celui-ci, de son ensemble et de ses moindres parties, et nous permet de nous les réapproprier, dans des projections que nous pouvons en avoir et dans leurs pratiques quotidiennes.

L’artiste est un worldmaker, nous dit Nelson Goodman : il fait surgir des mondes, même s’il les façonne toujours à partir d’un monde donné.




Le territoire comme espace de projets

Chaque habitant du territoire devrait pouvoir défendre et soutenir celui-ci non pas seulement parce ce qui s'y est passé (les aventures industrielles, les rôles historiques, les irrigations sociales, la reconstruction, etc.) et ce qui se prolonge dans le présent (notamment avec les chantiers et les innovations industrielles touchant aux conversions, et, d'un autre côté, les expériences du vide (les vides commerciaux, les fluctuations des contrats des chantiers, un urbanisme remodelé et rectiligne, etc.), mais aussi parce ce que s'y passe immatériellement :

  • > la symbolique des horizons,
  • > la trame serrée des récits (mémoires, littératures et leurs manières de sonder le présent),
  • > et, ce qui serait aujourd'hui à développer et à rendre visible, la capacité de création continuelle et la puissance de la création (on l'a vu au niveau industriel, parce qu'il est le plus marquant).

Pour ne citer qu'une des initiatives artistiques les plus exemplaires qui se sont déroulées ici (avec Armand Gatti), il faudrait continuer de « voler contre le vent », c'est-à-dire, dans notre cas, continuer d'explorer et d'expérimenter le territoire par la création à l'encontre d'une « normalisation » potentielle (consommation culturelle) ou des complexes sensibles (comme par exemple, pour Saint-Nazaire, son complexe de ville reconstruite).

En parallèle nous pouvons remarquer que l'historique de la ville tout au long du XXème siècle est parcourue par les projets de modification, de reconfiguration et de reconstruction de la ville. Ceux-ci ont durablement mis la ville et la population dans des situations de « projection » et de plasticité.

  • > Par exemple, par la reconstruction, la ville de Saint-Nazaire s'est retrouvée dans les années 60 à la pointe de beaucoup de domaines : architecture, urbanisme, services, projets et réalisations (nota : le premier escalator mécanique dans l'ouest, les premiers garages automobiles modernes, les hypermarchés, les projets de pont sur la Loire, etc.; certains de ces exemples peuvent paraître anecdotiques mais ils participent tout de même à la construction d'imaginaires).
  • > Elle l'est encore aujourd'hui : ingénierie des énergies éoliennes, ingénierie de la réalité virtuelle, etc.
  • > Cette expérience continuelle de la plasticité, entre les réalisations techniques et les pratiques renouvelées de la ville, a induit et porte les potentiels de création que chaque membre de la population peut ressentir à la dimension de la ville et de sa participation au territoire :
    • > les projets successifs de pont sur la Loire sur plus de quinze années en proposant à chaque fois des reconfigurations de l'accès à la ville et aux espaces environnants, les projections urbanistiques utopiques jusque dans les années 60 concernant autant le prolongement de la ville sur la mer (projet Canto et Wagenbach, 1960), que la construction d'une gare maritime sur le toit de la base sous-marine enveloppée d'une couverture herborée (projet Geffrey, 1948), le projet de barrage, de cité résidentielle et de rade industrielle sous la forme d'une immense île artificielle sur la Loire entre Saint-Nazaire et Saint-Brévin (1964), etc. — (Voir images plus bas)

Il en est de même pour l'ensemble du territoire, notamment avec La Brière : un bassin hydraulique en connexion avec les marais, le fleuve La Loire, les affluents, entre le Nord et le Sud Loire, les variations maritimes, etc.; un bassin de pratiques, d'activités, de traversées et d'accueil (de folklore et de traditions, de naissance des chantiers navals, de faune et de flore, etc.) porté par le Parc Naturel Régional de Brière; bref un bassin vivant et variant continuellement qu'on ne peut arrêter à une seule représentation photographique figée.

Sans vouloir aller dans une démonstration trop poussée, notre intention est de montrer la place importante de l'innovation sur le territoire de l'agglomération nazairienne et de la perception plastique continue de celui-ci. La découverte captive de la ville et du territoire et l'adhésion qu'ils procurent à tout nouvel arrivant sont des atouts de l'approche créative générée et portée par la culture locale; cette culture est continuellement traversée et ouverte au monde.




Vers un projet : imaginer construire et fabriquer en 3115

De la même manière et dans le même ordre d'idée, nous sommes persuadés qu'une réflexion et un travail de fond sont à mener sur les questions de contributions, de coopérations, d'échanges et de financements croisés public/privé et sur l'ouverture des modes d'action (quelles que soient leurs natures et leurs envergures) des entreprises et des industries en dialogue avec la création artistique, par exemple (et pour reprendre ce qui est dit plus haut) : dons, accès à des récupérations et recyclages (dans le sens d'une participation et d'actions dans un monde commun).

Au-delà des échanges matériels, notre intérêt se porte aussi sur une réflexion et un travail communs concernant la compréhension et la reconnaissance entre les deux domaines que notre culture (française) place comme éloignées et incompatibles.

La situation nazairienne et la place des industries dans la vie sociale et la culture de la ville sont plutôt un atout pour ouvrir, solidifier et dynamiser des dialogues autour des questions d'innovation, de recherche, de pratiques et d'invention liées à des capacités réelles de production et de réalisation (sans innovation et sans tous les processus continus d'expérimentation, d'organisation, de méthodes et de mises en pratique qu'ils enclenchent, aucun bateau ou aucune éolienne ne pourraient être construites, pour prendre une image forte).

Cette présence industrielle et professionnelle à Saint-Nazaire crée une innervation sociale basée sur la participation, l'étonnement et la connexion à des dimensions plus grandes que l'individu, et qui rejaillit dans la vie urbaine et quotidienne (et tous ses alentours, que cela soit dans le bassin de population et d'activité, tout autant que dans la capacité de faire évoluer plastiquement et socialement la ville et le territoire).

La connivence avec la création artistique doit être trouvée dans cette proximité et cette compréhension mutuelle d'habiter un territoire et d'y participer (la notion d'habitant ne touche pas seulement l'identification des personnes physiques mais aussi les productions, les réalisations et les imaginaires).

Le point de rencontres entre création artistique et travail peut ouvrir une focale : ce qui motive une fabrication est un “projet”, dans le sens de visualiser et d'imaginer ce qui est produit après la fabrication (la mise en action, la mise en activité, etc.).
Notre proposition est de faire un montage d'un espace de “projet” dans une projection si éloignée qu'elle peut rejoindre les univers poétiques et prospectifs (science-fiction) : imaginer des projets utopiques pour Saint-Nazaire en 3115.
L'avantage d'une telle projection est qu'elle dépasse automatiquement le prolongement de nos techniques, de nos environnements et de nos savoir-faire actuels : il s'agit de travailler sur des projets sans limites et sans rattachements à ce que nous connaissons et maîtrisons déjà.
À l'image de projets architecturaux et urbains utopiques, l'espace de projet proposé peut rassembler tout un faisceau d'activités et d'ingénieries : de la création artistique aux savoir-faire ouvriers, aux potentiels industriels, etc. Les uns travaillant ensemble avec les autres sur des projets a priori “irréalisables” maintenant ou dans un futur proche, peuvent échanger et prototyper, dans des va-et-vient continuels, des imaginations et des plasticités, à la fois, de la ville, du territoire, de nos environnements, de nos techniques, de nos manières de faire, de communiquer, de traverser, etc.






Quelques exemples rapides liés à Saint-Nazaire




  • 1948 : PROJET D'AMÉNAGEMENT DU TOIT DE LA BASE SOUS-MARINE EN ACCÈS GARE SNCF COUPLÉE À UNE GARE MARITIME

    • En 1948, trois ans après la fin de la guerre, il était prévu beaucoup de verdure pour masquer la base sous-marine et le quartier si durement touché par les bombardements. Le projet: une gare maritime au sommet de celle-ci en accédant par des rampes et échangeurs, mais aussi un nouveau terminus ferroviaire et une nouvelle gare dans l'enceinte même de la base réaménagée. — Source : http://rikostnaz.blogspot.fr/2011/10/stnazaire-projet-dutilisation-de-la.html

PROJET D'AMÉNAGEMENT DU TOIT DE LA BASE SOUS-MARINE EN ACCÈS GARE SNCF COUPLÉE À UNE GARE MARITIME




  • 1960 : EXTENSION (TOURISTIQUE) DE LA VILLE SUR LA MER PAR LES ARCHITECTES CANTO ET WAGENBACH

    • Projet pharaonique et utopique en 1960. Il s'agissait de la création d'un quartier résidentiel, partant de la pointe de Villes-Martin et arrivant jusqu'à la rue de la Havane par une digue érigée sur 1200 mètres. Cette zone, gagnée sur la mer, prévoyait le comblement de l'anse de Sautron. Sur les 320 000 m² de terrains conquis, par le comblement au moyen d'une refouleuse, s'élèverait en bordure de mer, une piscine, une “grenouillère” d'enfants et un snack dans le prolongement du Jardin des Plantes; des rangées de pavillons bas dans une zone de verdure et, du coté de Villes, un hotel, un restaurant dancing et un yack-club surplombant un port plaisancier avec atelier de construction… Cette première zone derrière la digue serait séparée par un boulevard parallèle à la mer, du quartier résidentiel qui comporterait des immeubles collectifs de hauteur croissante, orientés suivant l'ensoleillement optimum, un cinéma, un théâtre municipal, un grand building et une chapelle. — Source : http://rikostnaz.blogspot.fr/2011/12/stnazaire-projet-dextention-de-la-ville.html

EXTENSION (TOURISTIQUE) DE LA VILLE SUR LA MER PAR LES ARCHITECTES CANTO ET WAGENBACH EXTENSION (TOURISTIQUE) DE LA VILLE SUR LA MER PAR LES ARCHITECTES CANTO ET WAGENBACH EXTENSION (TOURISTIQUE) DE LA VILLE SUR LA MER PAR LES ARCHITECTES CANTO ET WAGENBACH




  • 1964 : CRÉATION D'UNE ÎLE ARTIFICIELLE DANS L'EMBOUCHURE DE LA LOIRE AVEC DEUX PONTS (VERS SAINT-NAZAIRE et VERS SAINT-BRÉVIN)

    • Voici un projet révolutionnaire qui a marqué l'esprit des nazairiens en 1964-65; la construction d'un immense barrage sur l'estuaire, au niveau de l'actuel pont de Saint-Nazaire, pour la réalisation de l'axe de liaison “basse Loire-Europe”. À l'époque on prévoyait sur la Loire un port fluvial et de plaisance mais aussi une zone d'immeubles résidentiels et, bien sur, une autoroute avec “écluse-route-tunnel” (côté Saint-Nazaire) / “pont-déversoir” (côté Mindin). Ce projet qui aurait transformé l'économie de toute une région est, hélas, resté dans les cartons… — Source : http://rikostnaz.blogspot.fr/2011/10/stnazaire-projet-de-barrage-complexe.html

CRÉATION D'UNE ÎLE ARTIFICIELLE DANS L'EMBOUCHURE DE LA LOIRE AVEC DEUX PONTS (VERS SAINT-NAZAIRE et VERS SAINT-BRÉVIN) CRÉATION D'UNE ÎLE ARTIFICIELLE DANS L'EMBOUCHURE DE LA LOIRE AVEC DEUX PONTS (VERS SAINT-NAZAIRE et VERS SAINT-BRÉVIN) CRÉATION D'UNE ÎLE ARTIFICIELLE DANS L'EMBOUCHURE DE LA LOIRE AVEC DEUX PONTS (VERS SAINT-NAZAIRE et VERS SAINT-BRÉVIN)




  • 2009 : PROJET ARCHITECTURAL, QUARTIER DE LA VECQUERIE, ARCHITECTES LAVATON-VASSAL

    • À la limite d’une zone boisée, sur une pente exposée plein sud, vers la mer, le projet d'éco-quartier de la Vecquerie a pour objet la construction au final de 250 habitations, individuelles ou semi-collectives, sur un site au potentiel extra-ordinaire. Sa topographie, sa diversité végétale, la présence d'un bâtiment moderne abandonné, constituent des qualités remarquables. — Source : http://www.lacatonvassal.com/index.php?idp=66&idi=2158http://lacatonvassal.com/index.php?idp=66

PROJET ARCHITECTURAL, QUARTIER DE LA VECQUERIE, ARCHITECTES LAVATON-VASSAL PROJET ARCHITECTURAL, QUARTIER DE LA VECQUERIE, ARCHITECTES LAVATON-VASSAL




  • 2012 : CONSTRUCTION DU SEA ORBITER, CITÉ MARINE, UN PROJET DE L'ARCHITECTE JACQUES ROUGERIE

    • À l'aube du XXIe siècle, une nouvelle génération de vaisseaux d'exploration sous-marine va bientôt voir le jour. Porté par les grands courants océaniques, SeaOrbiter va permettre à un équipage d'explorateurs de vivre 24h/24 et sur de longues périodes au cœur des océans, ce vaste territoire encore très largement inconnu et constituant la “dernière frontière terrestre”. À vocation principalement scientifique et éducative, le programme international de ce vaisseau unique au monde est également un formidable outil de communication, pour partager en continu les images et découvertes de son équipage. Ce projet unique au monde est porté par l'architecte de la mer et académicien Jacques Rougerie, entouré d'une équipe experts internationaux de l'océan et de l'espace, soutenu entre autres par Ifremer, la NASA et National Geographic.
      Des 58m de haut que mesure la totalité du vaisseau, l'Oeil de SeaOrbiter d’une hauteur de 18 mètres, accueille le poste de vigie et l'ensemble des systèmes de communication qui permettront de suivre en direct cette formidable aventure : la vie à bord, les explorations, les découvertes et les grandes avancées scientifiques. La construction de cette pièce maîtresse marquera le début du chantier de SeaOrbiter en France au printemps 2014.
      Le SeaOrbiter, qui n'existe pour le moment que sous forme informatique virtuelle, verra le jour en 2014. Il entrera en phase de construction au printemps aux chantiers navals de Saint-Nazaire et Cherbourg. Le chantier naval du côté de Saint-Nazaire, et le consortium de construction, se disent prêts. Le projet, suivi entre autres par Ifremer, coûte au total 35 millions d’euros. Jacques Rougerie le finance via un partenaire, l’horloger Rolex et le soutien d’industriels. DCNS a participé aux études et un consortium est né, composé de Technip, ABB, CMN, Constellium, Bureau Véritas et le groupe Hervé (propriétaire depuis 2008 de SMCN à Saint-Nazaire). D’autres entreprises, via la sous-traitance et Néopolia, sont impliquées. C’est le cas du chantier Merré de Nort-sur-Erdre et de Acco de Chateaubriant. — Source : http://seaorbiter.com/http://www.kisskissbankbank.com/the-eye-of-seaorbiter

SEA ORBITER, CITÉ MARINE, UN PROJET DE L'ARCHITECTE JACQUES ROUGERIE SEA ORBITER, CITÉ MARINE, UN PROJET DE L'ARCHITECTE JACQUES ROUGERIE SEA ORBITER, CITÉ MARINE, UN PROJET DE L'ARCHITECTE JACQUES ROUGERIE SEA ORBITER, CITÉ MARINE, UN PROJET DE L'ARCHITECTE JACQUES ROUGERIE







Une dernière image : une maquette

Une maquette est une représentation partielle ou complète d'un système ou d'un objet (existant ou en projet) afin d'en tester et valider certains aspects et/ou le comportement (maquette fonctionnelle). La maquette peut être réalisée en deux ou trois dimensions, à une échelle donnée, le plus souvent réduite ou agrandie pour en faciliter la visualisation et l'intelligibilité. Le développement de la maquette, dans les domaines de l’art, a rendu à cette pratique une certaine autonomie vis-à-vis du projet architectural auquel elle était jusqu’à présent soumise. Le recours au modèle réduit permet aussi une véritable capacité de projection et de fantasme, propre à véhiculer les théories utopistes, les fantaisies constructivistes et les micro-fictions topologiques.

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Voir les projets des architectes Diller et Scofidio :

Diller et Scofidio, Slow House, 1991
Diller et Scofidio, Slow House, 1991

Diller et Scofidio, Rapid Growth, 2001
Diller et Scofidio, Rapid Growth, 2001

Diller et Scofidio, Blur Building, 2002
Diller et Scofidio, Blur Building, 2002
Diller et Scofidio, Blur Building, 2002

Diller et Scofidio, Arbores Laetae (Dancing Trees), 2008
Diller et Scofidio, Arbores Laetae (Dancing Trees), 2008

Diller et Scofidio, Public Sky, 2010
Diller et Scofidio, Public Sky, 2010
Diller et Scofidio, Public Sky, 2010

Diller et Scofidio, Hirschhorn Bubble, 2012
Diller et Scofidio, Hirschhorn Bubble, 2012





Quelques projets prospectifs :



  • REMDOOGO (VILLAGE-OPÉRA), CHRISTOPH SCHLINGENSIEF, BURKINA-FASO

    • Remdoogo veut dire “opera village” en moré, la principale langue du Burkina Faso. C'est le projet fou de Christoph Schlingensief consistant à construire un village à croissance organique dédié à la musique, aux artistes et aux enfants, en plein coeur du Burkina. Ce projet n'a pas d'équivalent ailleurs en Afrique et dans le monde. Le remdoogo a vocation à devenir une oeuvre totale disposant de sa propre école pouvant accueillir jusqu'à 500 élèves, d'un dispensaire et d'un palais des festivals avec une capacité de 600 spectateurs. Ce projet fait penser au film de Werner Herzog intitulé Fitzcarraldo dans lequel un baron du caoutchouc tente d'ériger un opéra en plein coeur de l'Amazonie. La vision est celle d'un opéra au beau milieu de la savane, inspiré du théâtre antique grec et de ses vertus curatives. Son principe fondateur est basé sur l'émancipation des cultures en ce que le remdoogo n'a pas vocation à “importer” la musique occidentale de Wagner ou de Bach. Il s'agit de faire émerger un mode d'expression local au travers d'une infrastructure dédiée, utopiste sur le papier mais bien réelle dans ses fonctions de “cluster artistique”. — http://imaginationforpeople.org/fr/project/village-opera-ou-remdoogo/http://www.lefaso.net/spip.php?article35294http://babylonreloaded.blogspot.fr/2010/12/remdoogo-fitzcarraldo-totaltheater.html

REMDOOGO (VILLAGE-OPÉRA), CHRISTOPH SCHLINGENSIEF, BURKINA-FASO
REMDOOGO (VILLAGE-OPÉRA), CHRISTOPH SCHLINGENSIEF, BURKINA-FASO (Maquette de l'Opéra Garnier)