PCPILOTE


SITE ARCHIVES DU PROJET PILOTE ET EXPERIMENTAL — JANV 2014 / SEPT 2016 — PHASE 1 DU PCP —

Pôle de Création Partagée → phase 1 pilote → était situé 7 Chemin du Relais → à 44600 Saint-Nazaire → sous l'adresse pcp.saint-nazaire.cc → information
news l présentation l projets l artistes l jardin l facebook l soutiens l liens l contact      l home l          l apo33.org l snalis.org





L'aménagement de nos espaces comme culture




retour présentation du PCP







(décembre 2014)



Feu rouge

Cet article est une réaction directe à l'annonce par voie de presse de l'annulation du Festival Consonances par la Mairie de Saint-Nazaire. Lorsqu'il est question de “coût” de la culture ou d'événements artistiques, il est toujours intéressant de relativiser et donc de comparer avec d'autres financements.

L'aménagement des espaces, des circulations, des mouvements et ainsi du temps que nous y consacrons, est régulé et organisé par l'urbanisme. Nous pourrions parler d'un urbanisme de nos vies comme également d'un “design” de celles-ci. Aménager les espaces publics et communs est organiser nos socialités et nos occasions de traverser les espaces, de les occuper et de les animer.

Tout ceci se règle de différentes manières, de l'aménagement des trajets pédestres, de la circulation routière, etc. et de leurs relations à des activités et à nos activités, autant celles liées à nos occupations sociales (le travail, et dans son prolongement l'économie), qu'à nos occupations individuelles qui n'en sont pas moins sociales (la flânerie, le musement, etc.). Tout ceci participe de la culture au sens large, c'est-à-dire de nos manières d'organiser et de percevoir le monde et d'y contribuer et d'y participer.
Lorsque l'on parle de la culture au sens propre, c'est-à-dire ce qui touche les arts et les patrimoines immatériels (en y adjoignant ceux matériels), on ne pense pas forcément à la relation à l'aménagement de notre temps et de nos intérêts (à quoi nous pouvons momentanément ou durablement nous intéresser et nous occuper). La relation à ces deux aménagements qui semble distincts (nous pourrions en distinguer d'autres, car ceux-ci sont de l'ordre des organisations sociales et des décisions politiques) amènent à réfléchir sur leurs économies respectives et sur les priorités qui leur sont données. Nous pourrions dire par là que notre société crée continûment des ambiances aménagées auxquelles nous participons, que nous créons (par les relais politiques, par les plans programmés d'aménagements, etc.), et que nous découvrons.
Toutefois les récents débats sur les choix politiques concernant la culture et à son financement indiquent que les ambiances, aussi diffuses peuvent-elles être, sont normées ou répondent à des exigences dont les arguments peuvent paraître opaques si nous les mettons et les articulons sur des questions d'expérience esthétique voire même d'esthétique de nos vies. Un rond-point ou un feu rouge aurait aussi une influence esthétique dans nos vies (et dans nos circulations, dans nos manières de circuler dans le monde, d'envisager et de projeter des circulations et des mouvements de nos corps dans les espaces et dans les environnements), non seulement en tant qu'objet ou que production fonctionnelle, mais aussi en tant que conduite de nos actions.

Rond-point fleuri - Champdivers, Jura.

Pourtant si nous comparons leurs économies et leurs financements, les écarts sont grands : alors que la culture (artistique) est la première à être fustigée pour son caractère supposé dispendieux (voire son caractère a priori clivant, entre élitisme et accès populaire, entre connaissance et divertissement, etc.) et ainsi à subir des coupes franches (ce qui est le cas aujourd'hui avec la suppression d'une subvention de la Ville de Saint-Nazaire à un festival de musique classique), il n'en est pas de même de la discussion pouvant préluder de l'achat d'un feu rouge ou de l'aménagement et de la création d'un rond-point (si nous continuons notre analogie à l'urbanisme).
Le “ralentissement” suscité (par un rond-point ou face à une œuvre) ne semble pas avoir la même valeur de “sécurité” de nos vies. Au vu des décisions qui sont prises, la culture (artistique) par ses débats, ses questions, ses limites, etc. semblerait plus dangereuse pour notre intégrité, individuelle et sociale, que la circulation de nos corps, ensemble, dans l'environnement. Et paradoxalement, le financement de la circulation (urbaine, routière), de ses aménagements, serait moins débattu et moins concerté que le financement de la circulation de nos idées et de nos formes artistiques.
Le coût d'un feu rouge ou de deux lampadaires d'éclairage public correspond à celui d'un événement festivalier de dimension modeste (10000€), et le coût d'un rond-point à celui du fonctionnement d'une structure (300000€). Dans les deux cas les choix sont flagrants : on ne discutera jamais de manière générale d'un feu rouge et d'un rond-point (notamment en amont de leur installation), et l'aval qui leur est donné passera dans un vote global d'un conseil municipal. Bref, comparer les financements de l'un et de l'autre fait découvrir des écarts criants.





Documentation :

  • prix moyen d'un système basique de feux tricolores sur un croisement : 27000€ , 50000€ (PV conseil municipal Commune de Péronnas, février 2012) jusqu'à 115000€HT.
  • prix moyen d'un feu tricolore avec pose : 8800€HT
  • prix moyen d'un candélabre : 2000€TTC (sans sa consommation)
  • 20 lampadaires : 68000€
  • 2 mâts lampadaires : 13000€
  • 8 candélabres de rues : 11000€